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Cap sur l’inconnu : Cultiver la confiance et l’audace pour naviguer dans l’incertitude

  • 21 janv.
  • 8 min de lecture

L’incertitude n’est plus cet épisode fugace qui surgit entre deux périodes de stabilité ; elle est devenue notre état permanent. Les économistes mesurent désormais son niveau comme ils le font de l’inflation : selon le World Uncertainty Index du FMI, le pic atteint mi-2024 surpasse celui enregistré au cœur de la pandémie worlduncertaintyindex.com. Les indicateurs sectoriels racontent la même histoire : en 2023, près de 3 000 mesures de restriction commerciale ont été adoptées dans le mondeimf.org. Crises géopolitiques, dérèglement climatique, percées technologiques foudroyantes : autant de vagues qui se chevauchent et bouleversent nos repères.


Pour les organisations comme pour les individus, cette situation se traduit par trois signaux majeurs : la réduction de la durée prévisible des modèles économiques, la polarisation croissante des opinions publiques – qui rend la licence sociale plus fragile – et l’accélération des cycles d’innovation. Au-delà des chiffres, chacun ressent désormais cette volatilité dans la vie quotidienne : un produit indisponible soudainement en magasin, un abonnement numérique qui revoit ses conditions en 48 heures, un algorithme qui redistribue la visibilité d’une marque du jour au lendemain.


Pourtant, lorsque l’on interroge des entrepreneurs en série, des chercheurs de pointe ou des travailleurs humanitaires, on découvre un autre visage de l’incertitude : celui d’une source de vitalité. Ces acteurs décrivent la sensation de « desserrer les freins » : lorsque personne ne sait quel est le bon protocole, l’espace d’expérimentation s’étend. Les règles tacites vacillent et, dans la brèche, surgissent des alliances inattendues, des idées plus audacieuses, parfois des bonds de productivité ou de créativité que l’on croyait réservés à quelques créateurs d’élite.

Reconnaître ce potentiel ne signifie pas nier les risques ; il s’agit plutôt de passer d’une logique défensive à une logique de surf. C’est exactement le rôle des « dures compétences douces » : l’agilité cognitive, la gestion des émotions, la capacité à apprendre vite. Ces compétences transforment l’écume d’une vague en énergie cinétique.


Cap sur l’inconnu
Cap sur l’inconnu

Cet article propose donc un itinéraire en cinq étapes pour transformer l’incertitude en moteur de progrès collectif. Au fil des chapitres, nous passerons d’un diagnostic lucide – comprendre en quoi le monde « VUCA » s’est mué en monde « BANI » selon le futuriste Jamais Cascio medium.comfuturist.com – à des stratégies concrètes pour renforcer la résilience individuelle, galvaniser les équipes et bâtir des organisations antifragiles capables de grandir sous la pression. Le ton se veut résolument positif, l’approche accessible : chaque idée est accompagnée d’exemples et de micro-actions pour agir dès demain.


Choisir une perspective optimiste n’est pas un luxe naïf ; c’est un avantage compétitif démontré. Les méta-analyses de psychologie organisationnelle montrent qu’un biais optimiste modéré stimule la prise d’initiative et la persévérance. Voilà donc le cap : décrypter plus finement l’incertitude pour mieux l’habiter, apprivoiser le doute pour mieux imaginer l’avenir, et transmettre cette dynamique à nos équipes et partenaires. Prenez une grande respiration : l’océan est vaste, mais le voyage promet d’être stimulant.


Chapitre 1 – Cartographier la nouvelle géographie de l’incertitude

La première étape consiste à nommer avec précision ce qui a changé. Durant les années 1990 et 2000, le concept VUCA (Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity) dominait les cours de stratégie ; il invitait déjà les dirigeants à rester vigilants, mais reposait sur l’idée implicite que la dynamique restait linéaire : mieux prévoir, mieux planifier, mieux optimiser.


Depuis la pandémie de 2020 et la multiplication des chocs climatiques extrêmes, Jamais Cascio propose de qualifier notre environnement de BANI : Brittle, Anxious, Non-linear, Incomprehensible.

  • Brittle : un système qui cède sans préavis – à l’image de la pénurie de semi-conducteurs 2021-2022, coûtant 2 000 € de marge brute par minute à certains constructeurs automobiles.

  • Anxious : l’anxiété diffuse qui fige la prise de décision. L’OMS rapporte une hausse de 25 % des troubles anxieux en 2020, encore palpable aujourd’hui.

  • Non-linear : la logique des points de bascule climatologiques (pergélisol, calotte antarctique) rappelle qu’un simple demi-degré peut déclencher un saut irréversible.

  • Incomprehensible : l’explosion d’informations contradictoires accroît le « brouillard de guerre » stratégique.


Cartographier ce territoire exige d’abandonner trois illusions : la moyenne, la prévision parfaite, la ligne droite. On les désamorce par de simples protocoles : publier le « worst-case plausible » à côté de chaque KPI, plafonner le temps passé à raffiner une prévision au-delà de deux itérations, imaginer systématiquement un scénario exponentiel (« et si tout doublait ou se divisait par deux ? »).


Une pratique émergente, le cartogramme d’incertitude, positionne chaque projet sur deux axes : connaissabilité et impact potentiel. Les zones hautement inconnues mais cruciales deviennent des poches de veille active ; les zones bien connues et à fort impact, des piliers stables. Le simple fait de visualiser ces poches évite la paralysie : on sait où tester, où investir, où maintenir le cap.


Nous disposons désormais d’un sextant pour reconnaître les courants. Reste à forger le marin : la posture intérieure qui transforme la lecture en action lucide.


Chapitre 2 – Forger une posture intérieure antifragile


Développer la curiosité stratégique.

La curiosité se cultive : la méthode Feynman (expliquer un concept à un enfant fictif) ou le « quart d’heure candide » (trois questions naïves à un expert, sans jargon) activent la dopamine et renforcent la mémorisation. Les équipes où la curiosité est ritualisée publient davantage de brevets par employé.


Maîtriser la régulation émotionnelle.

Le stress n’est pas l’ennemi ; c’est l’excès de stress qui sabote la cognition. La box breathing 4-4-4-4 réduit le rythme cardiaque en deux minutes. Atlassian va plus loin : un calm chart public permet à chacun de signaler une surcharge mentale et de déclencher un sprint de décompression de 24 h – un investissement rentable, la baisse d’erreurs humaines compensant largement les « heures perdues ».


Expérimenter vite, apprendre vite.

Transformer chaque inconnue en hypothèse testable : c’est la logique du « Minimum Viable Question ». Un cabinet énergie voulant sonder l’appétence industrielle pour l’hydrogène a lancé une fausse annonce de webinaire et mesuré les inscriptions ; en une semaine, il disposait de données là où un rapport de 60 pages aurait pris trois mois.


De la résilience à l’antifragilité personnelle.

Au-delà du simple retour à la normale, la croissance post-traumatique se travaille. Nubank propose à ses managers un stage immersif dans ses centres d’appel ; affronter la colère des clients en temps réel forge une tolérance à l’ambiguïté qui rejaillit sur les décisions stratégiques.

Une fois ces compétences consolidées, l’enjeu devient collectif : orchestrer leur synergie au sein de l’équipe.


Chapitre 3 – Transformer l’équipe en laboratoire d’apprentissage continu


1. Créer un cap narratif partagé.

Chez IKEA, le slogan interne « Demain, meilleur pour tous » sert de boussole : chaque équipe traduit ce mantra en actions locales, du design circulaire à la logistique bas carbone. Un test simple : demander à dix collaborateurs de résumer la priorité stratégique ; dix versions compatibles = cap clair.


2. Instituer la sécurité psychologique.

Le rôle d’advocatus diaboli tournant, où un membre désigné critique le projet, normalise la remise en question. Couplé à des high-fives of failure (célébrations publiques d’erreurs instructives), il libère la parole.


3. Ritualiser l’apprentissage continu.

Livre d’erreurs hebdomadaire, mini-débats inversés, after-action reviews en temps réel : autant de boucles qui transforment chaque action en donnée exploitable.


4. Normaliser l’expérimentation tectonique.

Le budget calamité contrôlée – 2 % du chiffre d’affaires dédié à un test extrême – pousse l’organisation hors de sa zone de confort ; Lowlander a ainsi lancé une bière aux algues, devenue un best-seller saisonnier.


5. Mettre la technologie au service de l’humain.

Un bot cool-down de dix minutes après 90 minutes d’IA générative incite les développeurs à relire le code et renforce la montée en compétences, plutôt que la simple délégation à la machine.


6. Célébrer l’exploration.

Les badges « First Penguin » remis à ceux qui plongent les premiers dans l’inconnu ancrent la valeur de l’audace.

Lorsqu’une équipe ainsi entraînée rencontre le choc, elle convertit la secousse en enseignement. Mais il faut encore une architecture organisationnelle capable d’amplifier cet apprentissage.


Chapitre 4 – Concevoir des organisations antifragiles


Du risk management à la stratégie d’options.La real options strategy transforme de petits investissements en droits d’entrée sur des futurs marchés. Les pharmas la maîtrisent : un essai de phase I ouvre la porte à un blockbuster ou se stoppe sans ruiner l’entreprise.


Micro-usines et geographic optionality.Relativity Space imprime des fusées ; Mango robotise des ateliers méditerranéens pour raccourcir son cycle design-prototype-magasin à trois semaines, trop rapide pour des concurrents offshore lents.


Culture de la redondance intelligente.Salesforce maintient un bench pool permanent ; en informatique, le multi-cloud réduit la dépendance à un seul fournisseur. La redondance n’est pas un luxe : c’est un amortisseur.


Gouvernance adaptative.Buurtzorg remplace la hiérarchie par des coaches ; coût administratif : 8 %, contre 25 % habituellement. La structure devient fluide, les décisions se déplacent au plus près du terrain.


Financement par tranches dynamiques.Chez Klarna, les budgets stretch ou moonshot ne se débloquent qu’après validation d’indicateurs de progrès, évitant l’écueil des projets zombies.


Partenariats multi-latéraux.Le nearshoring mexicain offre une capacité tampon face aux tensions Asie–Occident. L’idée n’est pas de rapatrier tout, mais de diversifier.


Prédire moins, observer plus.SatelliteVu suit la consommation énergétique d’usines en direct : huit semaines de visibilité logistique gagnées.


Audit d’antifragilité.Selon BDO, 49 % des dirigeants qualifient désormais leur organisation d’antifragile, +12 pts en un an bdo.global.

Lorsque l’architecture est agile, chaque collaborateur devient capteur et acteur de l’évolution ; reste à designer la trajectoire individuelle.


Chapitre 5 – Réussir individuellement dans la brume : stratégie de carrière et bien-être

Comprendre la nouvelle grammaire du travail : 46 % des salariés français envisagent une reconversion à trois ans. Le back-casting glissant sur trois ans remplace la planification à dix ans.


Construire son portefeuille de compétences.Compétences cœur, adjacentes, émergentes : les plateformes d’apprentissage continu donnent la cartographie et suggèrent le prochain micro-pas.


Appliquer la logique des sprints.Un sprint carrière de 90 jours double la probabilité de placement pour les apprenants OpenClassrooms.


Ritualiser l’hygiène énergétique.Regrouper les tâches par nature, pratiquer la méthode Pomodoro inversée (52 min focus/17 min régénération) et utiliser les energy pods pour limiter le switch cost cognitif.


Construire un filet social robuste.Réactiver deux fois l’an un « lien dormant » quadruple les opportunités de coopération.


Designer son récit professionnel.Le narrative career transforme les pivots en chapitres cohérents ; CV interactif et portfolio en ligne deviennent scénographie.

Tenir un journal d’hypothèses et de micro-actions transforme l’attention en capteur d’opportunités : votre cerveau repère plus vite les confluences entre passions et marché.

Au final, réussir dans la brume n’est pas affaire de talent inné, mais de design conscient ; vous devenez co-auteur de votre trajectoire, prêt pour la prochaine zone d’incertitude.


Conclusion


Les cinq “C” de la navigation positiveClarté ; Curiosité ; Collectif ; Construction antifragile ; Chemin personnel.

Les périodes de chaos ont vu naître la pénicilline, le GPS, l’ARN messager ; demain, les solutions climatiques surgiront d’esprits entraînés à penser dans la turbulence.


Que faire demain matin ?

  1. Cartographier trois inconnues, formuler la question la plus simple pour chacune.

  2. Partager ce mini-cadastre avec un collègue ; déclencher un « quart d’heure candide ».

  3. Tester un rituel d’énergie trois fois dans la semaine.

  4. Lancer un test à faible coût sur un projet dormant.

  5. Réactiver un lien dormant.

L’incertitude n’est ni malédiction ni obstacle invincible ; elle est l’humeur du siècle. Cultivons-la puissamment : c’est le vrai capital de l’humanité.

Bonne traversée, et puisse chaque ressac vous révéler une rive insoupçonnée.

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